Un second mouvement procède par déplacement de l’objet même de l’investigation et donc de sa population. Et, à la différence du premier, on constate cette fois un glissement substantiel entre les deux textes. Si, pour Alexis Spire, il s’agissait encore de s’intéresser principalement aux minorités, pour Fran?ois Héran, il faut passer d’une problématique de l’intégration à une étude des processus d’identification qui se forgent dès les débuts de la socialisation, évoluent avec le cycle de vie, se précisent à travers des épreuves de toute nature, se font et se refont dans les relations sociales. Dès lors, on ne s’intéresse plus seulement aux immigrés et à leurs enfants mais à tout le monde, ou du moins aux fractions inférieures de la société car il semble admis que c’est dans les classes populaires que se jouent les relations entre immigrés et Fran?ais d’originexA0;; de même, on ne traite plus uniquement de la relation à cette origine supposée, mais on s’intéresse également au rapport à l’espace, au sexe, à l’age, voire au handicap et à la maladie, à la vie associative et politique. Autrement dit, pour échapper à l’ethnicisation et à la stigmatisation, voire à la victimisation, d’une catégorie particulière qui en résulterait, on ouvre l’enquête à toutes les identités et on étend l’échantillon à une large part de la population: la définition des populations visées par l’enquête a en effet des implications méthodologiques qui sont aussi des enjeux stratégiques[5][5] La faiblesse démographique des immigrés ou des minorités... ancienne collection burberry
suite. Dans le texte de Fran?ois Héran, les discriminations 150; désormais citées, mais sans qualificatif 150; font, en revanche, l’objet d’un paragraphe où il est explicitement fait référence aux phénomènes tels qu’ils sont per?us par les candidats à l’embauche. De l’autre c?té, la dénonciation de la catégorisation ethnique et le recentrage sur l’objet identitaire ont pour effet de faire passer les discriminations au second plan: on ne se focalisera ni sur elles ni sur celles et ceux qu’elles affectent. Pour Fran?ois Héran, dans la nouvelle enquête telle qu’il l’envisage, les populations immigrées ou d’origine immigrée répondraient au même questionnaire de base que le reste de la population et une partie de l’exploitation consisterait à comparer les deux populations mais ce ne serait pas l’unique critère de différenciation. Pour Alexis Spire, cette réserve prend même la forme d’une mise en garde: Les statistiques concernant l’habitat, le marché du travail ou le niveau de revenu font appara?tre la situation défavorisée des immigrésxA0;; pour autant il est difficile d’en déduire des phénomènes de ségrégation. Dans ce mouvement de balancement où il s’agit d’étudier une réalité tout en la relativisant et de circonscrire une catégorie sans pourtant s’y réduire, les discriminations 150; qui n’étaient du reste pas nommées dans le premier texte et demeuraient accessoires dans le second 150; apparaissent comme un objet d’autant plus fragile qu’elles ne sont toujours pas qualifiées: on a voulu éviter de les dire ethniques, on est encore plus réticent à les imaginer raciales. Nulle part, dans les réflexions sur la statistique nationale, il n’est alors envisagé qu’indépendamment d’une origine étrangère, on puisse être discriminé à cause de sa couleur de peau 150; quand on est antillais, par exemple 150; ou de sa religion 150; parce qu’on est musulman[6][6] Ces positions ne sont toutefois pas immuables. boutique en ligne ralph lauren Devenu un...suite. La question de la discrimination demeure strictement liée à la seule problématique de l’immigration. 14 à cette phase initiale de réflexion succède la phase de conception proprement dite. Du projet d’enquête on passe à sa préparation. Boutique Lacoste France
C’est une nouvelle équipe qui se constitue au sein de l’Insee, animée par Frédérique Houseaux, qui a été recrutée pour assurer la coordination de l’enquête[7][7] C’est dans ce contexte que l’enquête sur la construction des identités s’avère un enjeu stratégique: il s’agit de montrer que la France dispose d’un outil qui lui permettra d’échapper aux errements de la Commission. 16 Pour la directrice de la Drees, Mireille Elbaum, qui joue un r?le essentiel dans l’impulsion visant à créer un module sur les discriminations dans l’étude en cours d’élaboration, il s’agit bien de sortir notre pays de son isolement européen en matière de connaissance des discriminations sans pour autant reproduire les dispositifs d’enquête communautaires. Pour résoudre cette difficulté, un groupe de travail est constitué associant la Drees, l’Insee, l’Ined, la Dares et la dpm, autrement dit les principaux acteurs de l’administration de la statistique publique[8][8] Le groupe de travail se compose d’Olivier Marchand pour...suite. Les réflexions préalables sur l’étude des discriminations dans la statistique publique font l’objet d’une note (Héran 1999).