.suite. Elle rejoint celle d’Alain Caillé concernant ce qui, dans La Monnaie souveraine, serait une hypostase de la dette de vie verticale requalifiée par lui de don diagonal. Il semble d’ailleurs judicieux de reprendre cette idée de diagonalité, mais pour qualifier non pas la dette vis-à-vis des puissances souveraines qui est bien, quant à elle, strictement verticale, mais celle inscrite dans les structures de parenté et engendrée par le tabou de l’inceste. Celle-ci combine en effet étroitement la dimension horizontale de l’alliance matrimoniale avec celle verticale de la filiation (la résultante d’un vecteur vertical et d’un vecteur horizontal est un vecteur diagonal).47 En introduisant cette troisième modalité de la dette, on obtient une structure triadique et non plus dyadique, la dette xA0;socialexA0; étant dédoublée en dette de vie entre entités humaines (personnes et/ou groupes) et dette de vie entre humains et puissances souveraines. Ces deux formes de dette de vie ont en commun d’être des dettes dont on ne peut pas se libérer sauf par la mort ou un autre geste souverain (exil volontaire ou encore révolution politique par exemple), ce en quoi elles s’opposent ensemble à la dette horizontale privée qui a une source contractuelle et dont on peut se libérer dans le cours de la vie humaine. vanessa bruno cuir pas cher
Aussi peut-on considérer, en reprenant les catégories de Maurice Bloch et Jonathan Parry (Parry & Bloch 1989), que les dettes verticale et diagonale sont constitutives de l’ordre de long terme des sociétés – elles participent toutes deux de leur reproduction généalogique –, tandis que les dettes horizontales interindividuelles appartiennent à l’ordre de court terme – elles ne participent qu’indirectement (à travers la médiation de la monnaie) à la reproduction sociale puisqu’elles sont régies par une logique individualiste. Il en découle que, outre le problème de l’articulation entre ordres de long et de court termes, il doit y avoir au sein même de l’ordre de long terme une certaine cohérence et hiérarchie entre les deux formes verticale et diagonale de la dette de vie, hiérarchie qui sera différente selon que la totalisation sociale passe prioritairement par les rapports d’échanges matrimoniaux et la filiation (cas mélanésiens), ou par les relations aux puissances supra-humaines représentées par des églises ou des états (cas de l’Inde, de la Chine, de l’Europe, etc.).48 Les trois grandes formes de dettes ainsi définies constituent autant d’ordres transactionnels ayant leurs logiques propres, mobilisant a priori leurs propres moyens de paiement, et qui ne forment une communauté de paiement que moyennant le jeu d’une xA0;monnaie-alliancexA0; (Théret 1998: 270-274). Celle-ci – système de compte commun et régime de monnayage assurant une articulation par conversion des diverses espèces de moyens de paiement – doit être suffisamment stable pour que l’unicité du compte ne soit pas menacée.49 Toutefois la prise en compte de la dette diagonale ne saurait suffire à contenter Stéphane Breton. Il a en effet une deuxième raison d’être réticent vis-à-vis de la notion de dette telle qu’elle est mobilisée dans La Monnaie souveraine. sac vanessa bruno cuir pas cher Selon lui, en effet, l’hypothèse d’une dette primordiale, dette de vie verticale, à l’origine de la monnaie n’aurait pas de portée universelle, car elle ne vaut pas pour la société Wodani, son terrain d’étude anthropologique, et même plus largement pour l’ensemble des sociétés mélanésiennes. Les Mélanésiens ne vivent pas, en effet, leur lien au tout social, personnifié symboliquement par leurs ancêtres et notamment par un ancêtre fondateur et primordial, comme une dette à leur égard:50 xA0;En Mélanésie les vivants ont une notion claire de ce qu’ils ont re?u des ancêtres, mais ceux-ci ne leur demandent pas de remboursement, et ceux-là n’expriment ce lien que sous la forme du don: il appartient à chaque génération de transmettre ce qu’elle possède et ce qu’elle a re?u. Ce n’est d’ailleurs pas décrit sous la forme d’une obligation (comme l’est par exemple l’exogamie), mais d’une évidence […]. Ce lien est celui de la transmission. Transmission ne vaut pas dette. Or les Wodani connaissent bien la notion de dette et de crédit […]. Si ce schéma très clair n’est pas utilisé pour décrire la relation entre les vivants et les morts, par exemple, c’est qu’il n’est pas adéquatxA0;(Breton, correspondance personnelle)[24] [24] Ou encore, selon une communication plus personnelle r233;cente. nouveau sac vanessa bruno pas cher
..suite.51 En conséquence, xA0;la notion de dette ne peut être un concept général simplement parce qu’elle n’est pas une représentation locale en MélanésiexA0;. Certes il y a bien en Mélanésie:52 xA0;[…] une relation de dépendance entre la totalité sociale et les individus qui l’habitent […]. [Mais] elle consiste tout simplement dans l’obligation de ne pas agir autrement que ne l’ont fait les ancêtres, ou dans le caractère inconcevable de ne pas faire autrementxA0;[25] [25] Selon St233;phane Breton, «xA0;nulle dette 224; l’233;gard..